Le blog des parents PEEP de l'école élémentaire Bons Raisins de Rueil-Malmaison
Organisé par la PEEP de Bougival, le 22 nov. 2011
Avec la participation de
- Françoise COCHET (Présidente de l'APEAS : Association des Parents d’Enfants Accidentés par Strangulation) et
- Anne WEBER (Psychologue, responsable jusqu'en juin dernier de tout
le champ de la prévention de la violence à l'école au rectorat de Versailles).
1- Intervention de Françoise COCHET
F. Cochet a créé cette association suite au décès de son fils lors de l’un de ces jeux dangereux. Les premières interventions de prévention effectuées dans les écoles par l’association ont eu lieu en oct. 2000. Ces interventions permettent d’enrayer ces pratiques.
Les jeux dangereux ont plusieurs noms : jeu du foulard, jeu de la tomate...
Il s’agit d’une expérimentation sur son propre corps, qui amène des hallucinations et une relaxation intense. Ceci est comparable à un shoot à l’héroïne, ce qui signifie une addiction à la clé. Ce « jeu » consiste à retenir son souffle le plus longtemps possible (apnée). On devient rouge, d’où le nom de jeu de la tomate. Cela est suivi parfois d’un évanouissement.
L’apnée peut être précédée d’une hyperventilation, ce qui diminue le taux de gaz carbonique dans les poumons et donc annule le réflexe de la respiration. L’apnée est alors plus longue.
Des méthodes permettent de s’évanouir plus rapidement, ce qui est recherché par les enfants. Exemples :
- En se pinçant le nez et en poussant sur le sinus, en introduisant un doigt dans la gorge (manoeuvre de Valsalva) : appelé le rêve indien.
- Lorsque l’hyperventilation est suivie d’une compression du sternum (avec une ceinture par ex.), il y a alors malaise vagal.
- Lorsque l’hyperventilation est suivie d’une compression des artères du cou, soit par les mains d’un camarade, soit par un foulard ou lien. Dans ce cas, la strangulation peut être suivie d’un arrêt cardiaque, ce qui peut être fatal ou ayant de très graves conséquences (paralysie, état végétatif, etc).
Les enfants peuvent se plaindre de maux de tête ou de douleurs auriculaires. Ils peuvent avoir des taches rouges du à l’éclatement de vaisseaux sanguins. Ils peuvent avoir une baisse de l’acuité visuelle (éclatement d’un vaisseau sanguin dans la rétine). Ils peuvent avoir des marques de strangulation autour du cou. Et ils peuvent être très fatigués et avoir une baisse de la concentration.
Les enfants qui pratiquent ces « jeux » ne connaissent pas les risques encourus.
Il y a lieu de parler aux enfants très tôt de la fonction respiratoire qui est primordiale au bon fonctionnement du corps. De même, pour la fonction du coeur qui permet d’irriguer en oxygène l’ensemble des organes et surtout le cerveau. Celui-ci a besoin d’une grosse quantité d’oxygène en continu, sinon, il est en souffrance et peut se détruire.
Quand on appuie sur le sternum ou sur le cou, on active le système nerveux végétatif autonome (gère les organes sans la volonté du cerveau), ce qui ralentit tous les organes, notamment le coeur. D’où une alimentation en oxygène du cerveau insuffisante. De même, le gaz carbonique n’est pas évacué assez rapidement, ce qui induit un malaise vagal. Le coeur, par réflexe, peut aussi s’arrêter complètement. Il s’ensuit une destruction de zones du cerveau, ce qui entraine paralysie, état végétatif ...
Un enfant au moins meurt chaque mois en France suite à ce « jeu ». En octobre 2011, 4 sont décédés. Sans compter les enfants gravement accidentés.
Il faut savoir que ce « jeu » est une pratique très ancienne. On en parlait déjà en Grèce antique. C’est encore pratiqué par certaines familles (les parents avec les enfants) en France (coutume).
Attention, des livres expliquent comment pratiquer ce « jeu » ! Chez Nathan : « Jouer des pieds à la tête » ou « Jeux zen ». Ou encore « L’ile du roi lézard » (jeu de rôle). Livres à proscrire !!
2- Intervention d’Anne Weber
Outre ces jeux d’évanouissement, il existe dans les cours d’école des « jeux dangereux » qu’il vaut mieux appeler pratiques dangereuses.
Ces pratiques sont des « jeux » collectifs d’agression. La cour de l’école est le lieu où s’exercent des rapports de pouvoir, et donc de la violence subie.
Il existe des jeux où les enfants vont être chacun à leur tour victime et agresseur. Ils connaissent les enjeux et sont volontaires.
- Jeu de la cannette ou du petit pont massacreur : consiste à se mettre en cercle et à lancer un ballon dans le cercle. Lorsque le ballon passe entre les jambes d’un élève, celui-ci est immédiatement plaqué au sol et frappé par les autres.
- Jeu du mikado : les élèves se mettent allongés les uns sur les autres jusqu’à ce que celui qui est en dessous ne puisse plus continuer.
D’autres pratiques sont des « jeux » contraints. On s’acharne sur une victime, qui, souvent, subit déjà du harcèlement.
- Jeu de la croix : le matin, un élève dessine une croix sur le bras d’un élève. Celui-ci va être frappé toute la journée par des enfants de l’école. Le lendemain, cette victime choisira à son tour un autre élève qui sera la victime.
- Jeu du mimétisme : on imite des héros de catch. Conséquences : problème aux cervicales, cotes cassées, jambes cassées...
- Jeu du défi, encore appelé Action Vérité : soit l’élève dit la vérité sur un thème intime de sa vie (premières règles pour les filles ou premier baiser pour les garçons, par ex.), soit il doit agir : subir un gage. Il existe maintenant le jeu Action Vérité Chiche (AVC) où le gage se transforme en grave défi, par ex. sauter d’un toit sur une voiture.
- Jeu garçons contre filles, où, par ex., les garçons s’amuseront à tirer les nattes des filles toute la journée.
- Jeu de la salade de fruits (contre un enseignant) : se décide la veille sur Internet : pendant un cours, à une heure bien précise, l’ensemble des élèves se lèvent, tournent sur eux-mêmes en disant le nom d’un fruit.
Beaucoup de jeux sont décidés la veille sur Internet.
Pour prévenir, il est conseillé de sonder l’enfant le soir. Lui poser la question « as-tu eu des copains facilement aujourd’hui ? » ou « à quoi joues-tu dans la cour ? » et non pas seulement « as-tu eu de bonnes notes ? ». Le faire parler est primordial.
Parler d’un fait divers sur ce sujet peut aussi permettre d’engager une discussion entre enfants et parents.
Une baisse brusque des résultats scolaires, alors que rien n’a changé dans la vie familiale, peut attirer l’attention des parents.
Les parents doivent rester vigilants au moindre changement de comportement de leur enfant. Un harcèlement resta parfois indétecté pendant un an.
Il y a lieu aussi d’expliquer à son enfant que frapper un autre enfant est INTERDIT et peut être puni par la loi. De même, quand on est témoin d’une agression, il faut prévenir un adulte.
Les sites internet à visiter sont :
- Jeudufoulard.com : le site de l’APEAS. Voir la rubrique « Supports de prévention » : plaquettes d’information, livres de prévention, film sur le sujet, etc
- Site internet du Ministère : donne aussi des infos sur la prévention de la violence.
- Unicef.fr : rapport de l’Unicef : « A l’école des enfants heureux...enfin presque »
Merci à Nathalie Bricot pour ce compte-rendu.